Créer des
lieux d’accueil, de mémoire et de Recherche-Action sur l’échange interculturel par le recueil de témoignages de retour et de journaux d'itinérance, la préparation au départ, la rencontre
entre migrants, voyageurs et autochtones ici comme ailleurs, et l'ouverture d'une réflexion nouvelle sur les rapports
nord/sud
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Quelques extraits d'une intervention d'Aminata Traoré, ancienne ministre du Mali, lors de
l'ouverture du musée des Arts Premiers du quai Branly à Paris
Ces mots sont toujours d'actualité dans la situation faite aux migrants qui empire de jour en jour. Ils nous ouvrent ainsi une réflexion sur le dialogue des cultures, qui ne peut exister sans tenir
compte de l'Histoire, non pas dans l'idée de se vautrer dans une hypocrite repentance , mais parce que nous sommes, humains et sociétés, des êtres historiques que la méconnaissance des enjeux
passés ne peut qu'empêcher de parvenir à une juste entente pour aujourd'hui et demain.
« Ainsi nos oeuvres d'art ont droit de cité là où nous sommes, dans l'ensemble, interdits de séjour ». Talents et
compétences président donc au tri des candidats africains à l'immigration en France selon la loi Sarkozy dite de l'immigration choisie, qui a été votée en mai 2006 par l'Assemblée nationale
française. …/
Les oeuvres d'art, qui sont aujourd'hui à l'honneur au Musée du Quai Branly, appartiennent d'abord et avant tout aux
peuples déshérités du Mali, du Bénin, de la Guinée, du Niger, du Burkina-Faso, du Cameroun, du Congo. Elles constituent une part substantielle du patrimoine culturel et artistique de ces « sans
visa », dont certains sont morts par balles à Ceuta et Melilla et des « sans papiers », qui sont quotidiennement traqués au cœur de l'Europe …/
A l'heure où le musée du quai Branly ouvre ses portes au public, je continue de me demander jusqu'où iront les puissants
de ce monde dans l'arrogance et le viol de notre imaginaire. …/
Les trois cent mille pièces que le Musée du Quai Branly abrite constituent un véritable trésor de guerre en raison du mode
d'acquisition de certaines d'entre elles et du trafic d'influence auquel celui-ci donne parfois lieu entre la France et les pays dont elles sont originaires.…/
Le Musée du Quai Branly est bâti, de mon point de vue, sur un profond et douloureux paradoxe à partir du moment où la
quasi totalité des Africains, des Amérindiens, des Aborigènes d'Australie, dont le talent et la créativité sont célébrés, n'en franchiront jamais le seuil, compte tenu de la loi sur l'immigration
choisie.
A l'intention de ceux qui voudraient voir le message politique derrière l'esthétique, le dialogue des cultures derrière la
beauté des oeuvres, je crains que l'on soit loin du compte. Un masque africain sur la place de la République n'est d'aucune utilité face à la honte et à l'humiliation subies par les Africains et
les autres peuples pillés dans le cadre d'une certaine coopération au développement.
Bienvenue donc au Musée de l'interpellation qui contribuera - je l'espère - à édifier les opinions publiques française,
africaine et mondiale sur l'une des manières dont l'Europe continue de se servir et d'asservir d'autres peuples du monde tout en prétendant le contraire.
Pour terminer je voudrais m'adresser, encore une fois, à ces oeuvres de l'esprit qui sauront intercéder auprès des
opinions publiques pour nous.
« Vous nous manquez terriblement. Notre pays, le Mali et l'Afrique tout entière continuent de subir bien des
bouleversements. Aux Dieux des Chrétiens et des Musulmans qui vous ont contesté votre place dans nos cours et vos fonctions dans nos sociétés s'est ajouté le Dieu argent. Vous devez en savoir
quelque chose au regard des transactions dont certaines nouvelles acquisitions de ce musée ont été l'objet. Il est le moteur du marché dit ''libre'' et ''concurrentiel'' qui est supposé être le
paradis sur Terre alors qu'il n'est que gouffre pour l'Afrique.
N'entendez-vous pas, de plus en plus, les lamentations de ceux et celles qui empruntent la voie terrestre, se perdre dans
le Sahara ou se noyer dans les eaux de la Méditerranée ?
Si oui, ne restez pas muettes, ne vous sentez pas impuissantes. Soyez la voix de vos peuples et témoignez pour eux.
Rappelez à ceux qui vous veulent tant ici dans leurs musées et aux citoyens français et européens qui les visitent que l'annulation totale et immédiate de la dette extérieure de l'Afrique est
primordiale.
Dites leur surtout que, libéré de ce fardeau, du dogme du tout marché qui justifie la tutelle du FMI et de la Banque
mondiale, le continent noir redressera la tête et l'échine. »
Aminata TRAORE - Essayiste et ancienne Ministre de la culture et du Tourisme du Mali
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