But de l'association

Créer des lieux d’accueil, de mémoire et de Recherche-Action sur l’échange interculturel par le recueil de témoignages de retour et de journaux d'itinérance, la préparation au départ, la rencontre entre migrants, voyageurs et autochtones ici comme ailleurs,  et l'ouverture d'une  réflexion nouvelle sur les rapports nord/sud

La boite à lettres traces.bretagne@gmail.com est là pour recueillir vos contributions, vos articles, vos demandes de rencontre, vos témoignages, vos informations.

Pour joindre directement la présidente à Quimper par le biais de l'Ecrithèque : 02 98 64 86 57

Le compte rendu d'AG de TRACÉS du 14 juin s'établit en trois parties publiées sur trois articles différents
- La première concerne nos échanges informels de la matinée afin de déterminer par la suite nos orientations de façon plus précises
- La seconde autre est plus officielle et concerne la partie administrative et les comptes rendus moraux et financiers de l'asso
- La troisième consiste en un relevé de conclusions et d'orientations qui a bouclé la journée


1° présentation et échanges sur nos expériences


AGNÈS :elle appartient à une association installée en région parisienne qui travaille notamment sur les histoires de vie, dans le but de définir et faire reconnaître la citoyenneté des populations qui sont ainsi amenées « à prendre la parole pour exister. »

Elle nous donne quelques exemples d'actions réalisées avec « Traces d'Avenir » :

Mettre des migrants en situation d' être à leur tour les « donateurs »ou les « aidants ». Emmener des jeunes du 93 au musée du Louvre et leur faire ainsi découvrir un autre type de « choc culturel ». A partir de carnets de bord réalisés en atelier d'écriture, créer de courtes pièces de théâtre « coups de poing ». Favoriser l'accueil d'étudiants étrangers dans des familles. Répertorier les domaines de la transmission entre générations issues de l'immigration. Participer à des forums, où l'on s'aperçoit que tout le monde peut s'investir dans la solidarité à son propre niveau. Créer des liens entre les différentes communautés,ce qui permet de constater que beaucoup de groupes se posent les mêmes questions et ont une réflexion pertinente sur ces sujets.

 


EVELYNE : comédienne engagée dans le domaine du « théâtre forum ».Elle a mené durant l'année passée un vaste projet avec d'autres groupes qui ont les mêmes pratiques sur le thème « accueillir l'autre », qu'il soit étranger ou tout simplement différent. Le bilan fait apparaître l'émergence de créatifs culturels capables d'investir l'espace public pour explorer les pistes d'échanges. Mais aussi, que les personnes impliquées localement dans différents types d'action ne cherchent pas souvent à s'investir au niveau de la région par manque de temps, de disponibilité et de motivation.

Les histoires recueillies ne sont pas à proprement parler des histoires de vie (ce qui demanderait un travail plus conséquent) mais des récits du vécu qu'on peut mettre en scène pour irriguer la réflexion à un niveau plus large. Il ne s'agit pas « d'enseigner aux autres » ce qui doit être , mais d'une mise en commun dynamique des expériences de rencontre individuelle.

 


DOMINIQUE : après un itinéraire professionnel varié (éducatrice, animatrice, artiste et plus récemment engagée politiquement), elle s'interroge sur l'ouverture des structures (politiques ou non) et des associations, sur les gens qui ne viennent pas solliciter ce genre de réflexions ( à propos de l'inter-culturalité ) mais qui pourtant la vivent au quotidien sans avoir parfois les outils nécessaires pour comprendre. On a tous besoin de lieux pour se ressourcer intellectuellement et nourrir sa réflexion, mais on reste souvent replié sur son cercle protégé à tourner en rond pendant qu'une part de la population se sent oubliée, invisible, voire carrément trompée.

Dans son parcours, que ce soit avec des handicapés, des publics marginalisés, ou dans le cadre de la solidarité internationale, elle pense que la pratique artistique est un véritable espace de rencontre inter-culturelle qui facilite beaucoup la perception d'un langage commun et qui harmonise les différences tout en les rendant visibles et même nécessaires. L'art est toujours un éloge de la diversité.

Elle travaille avec Véronique dans le groupe 2 de TRACÉS autour du problème des représentations et des préjugés qui font naitre ce qu'il est convenu d'appeler le « choc culturel »

 


DANIELE :directrice de la maison des Squares, située à Rennes dans un quartier cosmopolite qui rassemble une centaine de nationalités. Cette structure, qui existe depuis 1974 a changé de structure juridique en 98 de façon que le travail avec les habitants leur permette de s'emparer des projets et de porter la structure. Depuis janvier 2008 une convention s'est établie avec la ville de Rennes. Cette dernière année a par ailleurs été marquée par des conflits entre le CA et la directrice pour des raisons de discrimination qui ont entrainé une grave tourmente inter-culturelle.

Elle pense à TRACÉS comme un point « d'accroche » et un lieu de ressource , en effet, beaucoup de gens réfléchissent sur les migrants, l'accueil, mais il manque un fil rouge pour relier toutes ces problématiques. Car les gens du terrain sont souvent happés par le quotidien des difficultés rencontrées par les populations sur place, et d'autre part on a parfois le sentiment que les politiques utilisent, avec des méthodes discutables, les problèmes des migrants pour servir des fins utilitaristes qui serviraient à « redorer leur blason ».

Pourtant la question des migrants est urgente, d'autant que les types de migration évoluent très vite, et qu'on n'avance guère sur le travail et les droits.


Nous avons un échange sur les conventions entre les villes en général et les équipements culturels, au cœur desquelles la question financière est généralement primordiale, pourtant on pourrait imaginer d'autres modes de solidarité, d'autres formes associatives sur le mode coopératif par exemple qui mettraient en jeu des échanges différents entre les personnes et les groupes.



VIRGINIE : d'origine malgache, elle s'est occupé dans son pays de la fédération des femmes au ministère de la population avant de s'établir en France pour des raisons politiques. Elle fait face quotidiennement au choc culturel aussi bien dans son travail auprès des personnes âgées que dans son village du Finistère. Elle pense que sa double culture lui donne une facilité de communication et que c'est intéressant d'avoir un pied dans chaque culture. Elle aimerait trouver des moyens de faire partager ici les savoirs de ses origines, et en même temps de faire comprendre aux habitants de son pays la somme de travail réalisée par les associations ou les migrants pour apporter l'aide à Madagascar.

Il est important de bien s'implanter là où on arrive pour comprendre quelles valeurs peuvent être partagées: elle constate par exemple qu'il y a des identités, ou des correspondances, entre les anciens de son pays d'origine et les gens âgés dont elle s'occupe ici. Elle a encore beaucoup de questionnements sur les orientations de TRACÉS, mais elle pense que cela pourra aussi l'aider à travailler autrement pour son pays d'origine que de s'interroger avec nous.


A ce sujet nous nous interrogeons ensemble sur ce que l'on sait, ou ne sait pas du rôle des diasporas, d'une part afin de comprendre les causes des départs des migrants ( rarement de gaité de cœur, contrairement à ce que l'on pense ici) et d'autre part au sujet de l'économie parallèle et néanmoins considérable générée par ces diasporas. Il s'agit ici d'agir, plus qu'au niveau personnel, sur nos représentations collectives de l'autre, de son parcours, de son histoire: par exemple considérer la différence qu'il y a entre migration, exil, déplacement de population, statut de réfugié, ce qui est rarement pris en compte dans l'histoire de l'étranger que nous côtoyons



SERGE : il est investi dans le groupe1 de TRACÉS avec Catherine qui travaille à Quimper dans le quartier de Penhars. Il s'agit de recueillir des témoignages de migrants pour valoriser leurs apports et leurs contributions à l'environnement dans lequel ils vivent. Une façon également de s'intéresser aux évolutions séparées des cultures dans le même territoire, et aux trajectoires diverses que des gens de même origine peuvent développer ensuite selon qu'on a ou non accepté de considérer avec empathie d'où ils viennent et ce qu'ils ont à apporter au « pot commun »

Pour lui, l'inter-culturel n'est pas une solution au vivre ensemble, mais le problème à résoudre dans le monde à l'heure actuelle. En effet il s'agit de substituer à la domination des repères économiques et à des types d'échanges « sauvages » ,une interculturalité qui se fonde sur les valeurs humaines. Le choc des civilisations n'est pas inscrit dans l'histoire de la planète, même si les guerres et les dominations sont récurrentes, mais il faut au contraire faire le pari que le frottement des cultures est positif, qu'il favorise le dialogue entre les cultures, et que la solidarité amenée par des actes concrets dans l'espace de la société civile peut faire émerger un nouveau potentiel très fort dans le champ de la mondialisation.

Trouver ensemble une façon d'aller vers l'autre sans masques et sans armures, pour arriver à construire des rapports de dialogue entre des personnes qui ont des repères différents : l'écoute de l'autre avec une attitude de respect permet de vivre et de bâtir ensemble.


Une discussion s'engage à ce niveau à propos du terme « humain » employé par Serge comme « positif ». Certains pensent que l'humanité n'est pas un caractère de l'ordre moral, c'est à dire du bien ou du mal, mais que l'humain étant capable de tout, toute société, même injuste, est « humaine », que toute culture, même contestable de notre point de vue, est « humaine » également puisqu'elle met en jeu une construction et une organisation d'êtres humains. Ce qui n'est justement pas sans poser le problème de la représentation des normes, et de l'ethnocentrisme de notre vision « humaniste » . C'est l'éternel problème du respect de ses propres valeurs et convictions, tout en se gardant de plaquer sur l'autre une image de « barbare » non civilisé. Intrication étroite à ce niveau des problèmes culturels, religieux et politiques dans le regard que nous portons sur l'étranger et ses modes de relation, mais aussi qu'il porte sur nous et nos façons de vivre, de penser, de sentir.

D'où peut être la nécessité de s'écouter, de se parler, de s'entendre, avant de vouloir comprendre et d'accepter, et parfois même, de ne pouvoir ni comprendre, ni accepter.



CHRISTIAN : Il parle d'un groupe auquel il appartient « biographie et citoyenneté » dans le cadre de ASIHVIF ( association internationale des histoires de vie en formation). L'interculturalité part du vécu, d'où l'utilisation des récits de vie, qui aident à se former ( et à se transformer) grâce au rapport interactif du langage et de la culture. A travers l'histoire individuelle, on retrouve l'histoire des communautés, du lien social, de la collectivité, dont l'explicitation élargit aussi notre vision du monde.

Il a participé à l'organisation du premier forum social de Rennes élaboré selon des méthodes très ouvertes, dont les animateurs sont avant tout des « facilitateurs ». Chacun apprend de l'autre, il n'y a pas de savoirs confisqués. Ce terme de "facilitateurs" est employé aussi au Forum Social Mondial de Belém dont il a co-animé un atelier avec le Réseau des Écoles de Citoyens (RECit) en janvier 2009.

Dans toute cette réflexion il est nécessaire de ne pas perdre de vue qu'on passe sans arrêt du local au global, car aucun problème de rencontre, de langage et d'histoire, même dans ses différences intrinsèques, n'est étranger à l'humanité.

Cette rencontre et cette connaissance nous permettent par exemple de nous inspirer de ce qui se fait ailleurs : il nous parle du Brésil et des aménagements urbains pris en charge dans les quartiers par des groupes de citoyens qui commencent toujours par construire l'équipement collectif ( maison communautaire, jardin, garderie, cantine) avant de travailler sur les chantiers d'habitat individuel ou collectif appelés « mutirão ».

L'apprentissage de la liberté et de la réciprocité passe par ces règles démocratiques acceptées par tous. De la même façon que les méthodes d'alphabétisation préconisées par Paulo Freire partent toujours des savoirs et de la culture des gens ( mots générateurs) dans une dynamique personnelle et collective.


Est abordé ensuite le problème de ces aides qu'on apporte à des gens qui ne l'ont pas toujours demandé en leur « imposant » des sortes de diktats sur l'utilisation obligatoire du « collectif ». Ce que nous mêmes ici n'accepterions pas, tant il nous semble que ce sont des « droits » (par exemple si l'on nous obligeait à construire nous mêmes ensemble les écoles ou les dispensaires pour pouvoir être assurés du droit à la santé ou à l'éducation)

On comprend bien que faute de droits applicables en bien des endroits, il est tout de même préférable d'inciter les gens à se grouper pour obtenir quelque chose. Mais quoi? En effet on constate également que l'aide humanitaire (hors aide d'urgence) crée parfois des besoins et des « perversions » chez les gens qu'elle prétend aider parce que la nécessité ne vient pas des personnes elles mêmes mais d'une incitation extérieure qui ne leur est pas forcément utile dans un contexte que les « aideurs » ignorent ou connaissent mal

Les expériences rapportées par Christian prouvent effectivement que les actions collectives sont toujours plus efficaces et porteuses d'espérance, de formation et de dignité quand elles sont « pensées » à l'avance par ceux qu'elles concernent et qu'elles émanent d'un contexte culturel vécu par ses protagonistes.

 


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